A. LA SATISFACTION EN BREF

Est-ce vraiment nécessaire de mesurer la satisfaction ?

Ni sacralisée ni sous-estimée, la satisfaction est un outil de pilotage d’une organisation.

Contrairement à certains préjugés, même dans le secteur public non concurrentiel la mesure de la satisfaction des usagers est l’un des indicateurs les plus utiles, voire essentiels, au pilotage d’une organisation et de la qualité de service. En effet, le management par la satisfaction de vos clients ou usagers vous permet de :

  • réduire les coûts liés à l’insatisfaction: l’insatisfaction n’entraîne pas nécessairement de perte de profit direct, mais les erreurs, les difficultés et les réclamations ont un coût qui est loin d’être négligeable, et qui peut largement être diminué.
  • prioriser les plans d’amélioration en fonction des attentes exprimées : dans un contexte de plus en plus contraint financièrement, cela permet une meilleure allocation de vos ressources (agents, temps, finances).
  • connaître l’impact des mesures d’amélioration mises en œuvre (difficultés d’application, répercussions sur les clients) et pouvoir ainsi les faire évoluer.
  • motiver vos équipes : réaliser des études de satisfaction permet de montrer aux agents l’impact de leur action et donne ainsi à chacun une prise sur son environnement, ce qui est source de motivation.
  • améliorer la relation , à travers l’écoute, en instaurant une relation de confiance et en participant à l’homogénéisation de la qualité de service pour tous.
outil d'enquete de satisfaction

Sans représenter une fin en soi, la mesure de la satisfaction des usagers ou clients doit être considérée comme un outil au service d’un pilotage plus rationnel d’une organisation.

Assumer la part subjective de la satisfaction

Les particularités de la satisfaction (relativité, subjectivité) en font un concept parfois inconfortable mais en adéquation avec les objectifs de toute organisation.

À la différence des indicateurs objectifs traditionnels qui permettent de mesurer la « qualité produite » (ex : temps de décrochage au téléphone, nombre de réclamations…), la mesure de la satisfaction est subjective et repose sur du déclaratif qui ne peut provenir que des usagers ou clients eux-mêmes.

La satisfaction résulte de la transformation de constats objectifs (délais, aménagements des locaux…) en jugement subjectif qui dépend de l’expérience de service vécue par l’usager et qui peut parfois être influencé par des facteurs plus globaux (expériences précédentes, idée de l’organisation, situation particulière…). La satisfaction est donc une notion relative et par là même inconfortable, mais sa mesure reste le meilleur moyen de bien servir votre public.

Savoir interpréter un score de satisfaction

Viser au moins 80% à 90% d’usagers satisfaits.

resultat d'analyse de satisfaction

Les études de satisfaction se multiplient dans le secteur public. Dans le cadre de l’application de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), un nombre croissant d’administrations intègrent aujourd’hui des indicateurs de satisfaction dans l’évaluation de leur performance.

Pourtant, les résultats de ces études de satisfaction sont généralement sous-employés dans le bilan des organisations et les axes de développement. Souvent parce que les directions métier ou qualité ne sont pas forcément très à l’aise dans le maniement de ces données.

Alors comment bien les interpréter ? Un score de 60% d’usagers satisfaits est-il réellement un bon score, au-delà du fait majoritaire ? Pour les organismes qui ont instauré un management autour de la notion de satisfaction, seul un taux au-delà de 80% voire 90% de satisfaits est considéré comme un bon score. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne s’intéressent qu’au pourcentage de « très satisfaits », qui correspond aux usagers ou clients réellement conquis.

Repérer la structure de satisfaction de vos usagers

Repérer les personnes réellement satisfaites, celles qui sont plutôt neutres, et les insatisfaites.

On se contente souvent de regarder le pourcentage d’usagers satisfaits en additionnant les personnes se déclarant plutôt ou très satisfaites. Ces pourcentages sont, contrairement aux préjugés dans le secteur public, souvent assez élevés. S’il est utile d’additionner les « très » et « plutôt » satisfaits pour communiquer des résultats à l’extérieur, il est important, pour le pilotage opérationnel, de se focaliser sur le pourcentage de « très satisfaits ».

Autrement dit, les personnes ayant répondu « plutôt satisfait » sont-elles réellement satisfaites ?

Cette partie de répondants est en réalité appelée le « ventre mou » de la satisfaction. L’interrogation plus qualitative de ces personnes révèle qu’elles sont plutôt neutres, non pas insatisfaites mais pas non plus satisfaites. Séparer les personnes très satisfaites et le ventre mou (ou zone neutre) vous donnera une vision plus juste, plus opérationnelle, pour déterminer une stratégie d’amélioration. Vous pourrez ainsi voir s’il faut avant tout réduire le nombre d’insatisfaits (améliorer vos basiques) ou augmenter le nombre de satisfaits (rechercher l’excellence).

Choisir sa stratégie selon la structure de satisfaction de ses usagers

1-Sécuriser ses basiques

etude de satisfaction analyse 1

2-Rechercher l’excellence

etude de satisfaction analyse 2

De nouveaux indicateurs pour piloter la relation aux usagers

Dépasser la notion de satisfaction grâce aux indicateurs de « recommandation à autrui » et d’« effort client/usager ».

Le fait que les scores de satisfaction soient si élevés invite à se poser des questions quant à la réelle satisfaction des usagers et à la pertinence de ces questions pour le pilotage des organisations. C’est pourquoi nous jugeons intéressant de vous présenter deux types d’indicateurs mesurant une plus grande implication des usagers :

▶ L’indicateur de recommandation à autrui :

Les entreprises ont depuis longtemps remarqué que la satisfaction des usagers, bien qu’élevée, ne rimait pas forcément avec fidélité. Elles ont pris l’habitude, ces dernières années, d’intégrer des questions plus comportementales sur l’intention de fidélité ou de recommandation à l’entourage (Net Promoter Score), plus « impliquantes » qu’une question de satisfaction. La recommandation à autrui nécessite un degré d’adhésion important allant au-delà de la seule notion de satisfaction.

En répondant positivement à la question « Recommanderiez-vous ce service à vos amis ou vos proches ? », on devient le promoteur de ce service. Suivre le différentiel entre le nombre de vos promoteurs et de vos détracteurs est un bon moyen de faire progresser votre organisation vers l’excellence.

▶ L’indicateur d’effort client :

Bien que se déclarant satisfait au final, notamment quand il reçoit une prestation, un usager aura plus ou moins déployé de l’énergie pour obtenir ce qu’il demandait. Or cette énergie déployée par les particuliers et encore plus par les entreprises est autant de temps et donc d’argent perdu pour la société voire pour l’organisme lui-même en ceci qu’elle révèle des dysfonctionnements internes ou inter-administrations. La réduction de l’effort de l’usager est à ce titre un indicateur clef à suivre pour les organismes publics dans le cadre de la simplification et la rationalisation de leurs démarches.

Récemment, un article de la Harvard Business Review a même popularisé des travaux tendant à monter que rechercher l’excellence (focalisation sur l’augmentation des clients les plus satisfaits) n’était pas forcément le plus rentable pour augmenter la fidélité client. La fidélité du client serait davantage liée à la minimisation de son effort.

Ainsi, selon le type de problématique que votre organisme rencontre et la nature de votre offre de services, vous pouvez préférer l’indicateur de recommandation à autrui qui vous permettra davantage de travailler votre positionnement (forces versus faiblesses) ou choisir l’indicateur d’effort client qui vous aidera à simplifier et rationnaliser vos process.

Rappelons qu’il est inutile de multiplier le nombre d’indicateurs à suivre. Nous vous conseillons de n’en conserver qu’un des deux présentés ci-dessus.





B. LA MESURE DE LA SATISFACTION AU SERVICE DE L’ACTION

Une enquête de satisfaction est réussie à partir du moment où ses enseignements servent à irriguer la stratégie de développement de votre organisme ou son processus d’amélioration continue. Pour cela, certains éléments doivent être réunis :

Placer l’enquête de satisfaction au sein d’un dispositif d’écoute plus global

Les études de satisfaction n’ont de sens qu’au sein de dispositifs plus globaux d’écoute des usagers.

La réalisation d’études de satisfaction suppose de connaître en amont les usagers concernés et la segmentation du public. Il est en effet important de connaître le profil de vos usagers et de les segmenter selon des critères socio-démographiques ou de comportement vis-à-vis de votre organisme (ex. modes de contacts). Vous pourrez ainsi interpréter les résultats de l’étude pour chaque segment de population, voire prévoir un mode d’enquête adapté à chacun.

Pour affiner les résultats d’une enquête de satisfaction, il est possible de réaliser des études qualitatives (et non plus seulement quantitatives) ou d’organiser des groupes de co-construction entre agents et usagers. Cela vous permettra de :

  • comprendre les points de satisfaction ou d’insatisfaction relevés lors de l’étude quantitative mais dont les variables restent floues, trop générales ou incomprises (par exemple si vous découvrez qu’une grande partie de vos usagers trouve que les différentes sources d’informations auxquelles ils ont accès ne concordent pas, mais que vous avez besoin de comprendre pourquoi et de savoir précisément lesquelles) ;
  • développer une nouvelle offre de service.

De la satisfaction au plan d’action

L’étude de satisfaction doit permettre de détailler les forces et de faiblesses pour orienter les plans d’action.

Malgré l’attraction magique du chiffre, l’objet d’une étude de satisfaction n’est pas tant de mesurer un pourcentage d’usagers satisfaits qui apporte peu d’information en soit mais de faire un bilan de votre action et de repérer les axes d’amélioration à mettre en œuvre.

Etudier la satisfaction, c’est donc aussi être en mesure de repérer les éléments qui font vos forces et ceux qu’il vous faut impérativement améliorer. Nous vous proposons une liste de critères détaillés de satisfaction dont vous pourrez vous inspirer, et un rendu des résultats qui intègre automatiquement une représentation graphique de vos zones de forces et faiblesses

Ce mapping vous permet de dépasser l’analyse des critères bien ou mal notés (classement) en prenant en compte leur importance aux yeux des usagers (contribution). Les critères qui entrent en considération dans la satisfaction de l’usager n’ont en effet pas tous le même poids, autrement dit, ils ne contribuent pas de la même manière à la satisfaction globale. Il est donc important de repérer les points forts, les points à améliorer et les critères secondaires de la satisfaction globale pour mieux hiérarchiser les priorités d’action : un critère jugé très insatisfaisant comme l’est l’amplitude d’ouverture de certains services publics peut, par exemple, contribuer peu à la satisfaction globale des usagers. En prendre conscience, c’est éviter de s’engager dans une réforme coûteuse visant à élargir les plages d’ouverture.

De la mesure de la satisfaction au management par la satisfaction

Pour qu’une enquête de satisfaction soit réellement utile, il faut anticiper son intégration dans un dispositif d’amélioration continue du service.

Bien que cela paraisse évident, il n’est pas inutile de rappeler à tous ceux qui mesurent la satisfaction des usagers que la transformation en actions des résultats d’études dépend de la capacité à anticiper leur utilisation et leur communication aux différents niveaux hiérarchiques. A défaut, les résultats risquent d’être connus seulement du petit groupe chargé des études ou de la qualité de service, sans que le reste des équipes ne se sente impliqué ou concerné.

Pour éviter les écueils les plus courants, il faut bien penser à :

  • impliquer la chaîne managériale et communiquer de manière ciblée auprès des agents
  • déterminer les livrables dès le début afin de maintenir une dynamique de long terme ;
  • prévoir les moyens (agents, temps, argent) pour mettre en place les mesures d’amélioration de la qualité de service qui ressortiront de l’étude.

De plus, les indices de satisfaction ont peu de signification de manière isolée, seul un suivi de leur évolution dans la durée leur donne réellement du sens. Reconduire tous les ans (ou tous les deux ans) une enquête de satisfaction est un moyen efficace de suivre l’évolution de la satisfaction des usagers de votre service et d’évaluer les impacts des mesures mises en place dans le cadre de vos démarches d’amélioration de la qualité de service. Avec des dispositifs plus légers, vous pouvez aussi réaliser une mesure de la satisfaction en continue pour améliorer la qualité du service au fur et à mesure.

D’après Mission écoute et Innovation – SGMAP,
document complet disponible sur http://www.modernisation.gouv.fr/